
Le petit déjeuner est à 8h et j’ai vraiment été surprise de dormir presque jusque-là ! Nous avons rdv après le petit déj pour qu’ils nous expliquent ce que nous devons faire en patrouille de nuit. Il y a deux shifts pendant la nuit : 20h-minuit et minuit- 4h. Les tortues viennent pondre leurs œufs la nuit et comme cela fait 4 jours qu’il n’y a pas eu de tortues, les patrouilles de jour sont mises en pause aussi non cela va de 4h-8h, 8h-12h, 12h-16h, 16h-20h et puis de nouveau ce sont les patrouilles de nuit.
Nous apprenons à creuser un trou car il faut relocaliser les œufs une fois que la tortue à terminer. Les œufs sont vendus 2$ pièce sur le marché noir. Quand on sait qu’une ponte à entre 50 et 90 œufs fertilisés (ceux que les gens mangent) Cela peut rapidement rapporter de l’argent aux trafiquants. Le salaire minimum au CR est de 500$/mois et la majorité des gens gagne ça. Donc 300$ qui dorment dans le sable est une grande tentation pour bcp de personnes.
Le but du projet est d’éviter à ces gens-là de trouver les œufs facilement et donc de les relocaliser généralement pas trop loin du nid naturel car évidement, c’est toujours mieux de les laisser dedans mais ils sont sûrs d’être volés dans ce cas-là…
Donc nous avons appris à creuser un « nid », on nous a également explique comment récolter les oeufs si on arrive à temps (placer un sac plastique en dessous de la tortue pour que les œufs tombent dedans et placer du sable en dessous pour ne pas que le sac tombe trop bas.)
Si on arrive trop tard, et qu’elle a déjà commencé à pondre (mettre un ruban dans le nid, attendre qu’elle ait fini, creuser et récupérer les œufs)
L’après-midi, corvée dans le jardin. Nous bougeons de place 2/3 piles de morceaux de bois, noix de coco, branches… à moitié décomposés pour faire de la place pour qu’ils puissent agrandir le potager. Après 10 min, je sue déjà à grosses gouttes ! 1h30 plus tard, on nous dit que c’est fini mais autant Wiebke que moi-même voulons terminer ce que nous avons commencé !
J’ai ma première patrouille le soir même de 20h-minuit. Nous devons nous asperger d’anti-moustique au plus tard 1h avant d’y aller car aussi non, la tortue pourrait nous sentir.
Je suis parée, j’ai mes chaussures aux pieds, un long pantalon, un t-shirt à longue manches (j’ai chaud…), une bouteille d’eau et ma lampe de poche. Yolanda (Yoli, une espagnole qui vient faire son stage et son mémoire ici et est le leader de notre patrouille ce soir.) prend 2 pagailles et nous voilà parties toutes les 3 dans la forêt. Nous marchons d’un bon pas et j’ai de plus en plus chaud et je me demande sérieusement où elle nous emmène ! Après 10min, nous arrivons à une petite barque, grimpons dedans et nous voilà en train de pagayer sur la rivière au claire de lune… C’est assez surréel !
Arrivées de l’autre côté, nous recommençons notre marche dans la pénombre. Je manque de me casser la figure plus d’une fois sur les noix de coco, branches, racines et autres obstacles qui se trouvent sur notre route. Une fois arrivées sur la plage, notre job est assez simple : aller jusqu’au bout de notre plage, faire une pause de 10 min, revenir, pause,… On fait 3 allers-retours durant 1 shift. Rien ne se passe, nous sommes à notre dernier aller-retour, il est 23h15 et nous n’avons rien vu. Je prie presque pour que nous n’en voyons pas car cela prend +- 2h pour tout faire et si nous en voyons une, cela veut dire que les patrouilles de jour recommence.
Lorsque nous sommes sur la plage, les lampes depoche sont interdites sauf si elles possèdent un filtre raouge car aussi non, les tortues pourraient prendre la lumière de la lampe pour la lune et cela les perturberaient de trop.
Nous sommes assises pendant notre pause et nous apercevons ce qui semble être la lumière d’une lampe de poche venant de la mer. On ne réalise pas trop ce que c’est et Yoli qui n’a plus vu de tortues depuis 9 jours nous demande si il y a vraiment quelque chose ou si cela fait partie de son imagination…
Quand on lui confirme qu’effectivement, nous voyons qqch aussi, nous avons droit aux sauts de joie, signe de la croix et embrassades puis nous nous dirigeons vers la tortue le plus silencieusement possible. Je vous ai déjà mentionné le surréalisme de l’instant mais me retrouver en face d’une tortue qui fait ma taille remporte la palme !!! Moi qui me demandais comment une tortue pouvait creuser un trou, j’ai ma réponse ! Elle fait tout avec ses « nageoires » ( ?!?) arrières et franchement, elle est super agile ! Nous avons fait tout ce que nous devions faire : nous l’avons mesuré, (j’ai touché sa carapace ! ) 1h plus tard, nous avons les œufs et la tortue rebouche un nid vide et fait en sorte de le « camoufler ». Les traces d’une tortue Luth sont comme les trace des roues d’un tracteur… Pas vraiment discret… A 1h15 du mat’ nous avons compté les œufs (88 fertiles - 56 non-fertiles) mesuré sa longueur (1,64m), sa largeur (1,19m), les œufs sont de nouveau dans le sable et Yoli a camouflé l’endroit. Et nous devons encore marcher les 30min qui nous séparent de la barque et faire l’échange avec l’autre shift qui nous a attendu plus d’1h30… mais cela fait partie du jeu !
De retour au camp à 2h et direction mon petit lit et mon matelas gonflable ( ah… oui… j’ai un matelas gonflable et franchement, il est mieux que les matelas sur lesquels j’ai dormi chez Marita…).
Singburi, Thaïlande
+66 944589557
Je suis à Singburi, en Thaïlande.
Décalage horaire : +5 (donc en Belgique quand il est 8h, il est 13h pour moi) (je vous dis pas comme je suis perturbée par tous ces changements... -_- )
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